Une nouvelle décoration de M. Aleš Berger

Madame Nicole Michelangeli, Ambassadrice de France en Slovénie, a remis le jeudi 18 novembre 2010 à la Résidence de France à Ljubljana, les insignes d’Officier de l’ordre des Arts et des Lettres à Monsieur Aleš Berger, traducteur, historien littéraire, critique et rédacteur slovène éminent.

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Madame Nicole Michelangeli et Monsieur Aleš Berger.

Par cette distinction, la France a souhaité récompenser le remarquable travail effectué par M. Aleš Berger tout au long de sa carrière et qui a contribué ainsi à une meilleure connaissance de la littérature française en Slovénie et aux relations franco-slovènes en général.

L’Ambassadrice a prononcé à cette occasion l’allocution suivante :

Cher Monsieur Aleš Berger, Mesdames, Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que je vous accueille ce soir à la résidence, vous-même, votre famille et vos amis, à l’occasion de cette remise de décoration car, ainsi que le disait si justement Marguerite Yourcenar : « Il n’est pas de plus grand plaisir que celui de faire l’éloge d’un grand esprit ».

Un grand honneur aussi, parce que cette distinction honorifique reste, aujourd’hui encore, destinée, permettez-moi de le rappeler, à un nombre très restreint d’appelés. En l’occurrence, au grade d’officier, on ne compte que 140 élus par an dans le monde entier ! Elle consacre en effet, je cite : « les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde ».

Autrement dit, elle récompense les personnes exceptionnelles, tant par leur talent que par la place que tient la culture dans leur vie.

Vous comprendrez aisément dans ces conditions qu’il n’a guère été difficile de porter notre choix sur vous, cher Aleš Berger. Il ya 10 ans, vous étiez fait chevalier des Arts et des Lettres, et vous allez accéder maintenant au grade d’officier. Le mérite vous en revient pleinement.

Car du talent, pardonnez-moi cette expression un peu familière : vous en avez à revendre, un talent, qui plus est, que vous avez toujours su conjuguer avec votre amour pour notre langue, et ce, dès votre plus jeune âge, sur les bancs de la Faculté de lettres, où vous poursuiviez des études de littérature comparée et de français.

Je ne reviendrai pas sur vos qualités de traducteur, couronnées par de nombreuses distinctions, les plus prestigieuses de votre pays tout au long de votre riche parcours professionnel et grâce auxquelles la littérature française doit en grande partie sa présence en Slovénie.

Je ne peux toutefois m’empêcher de relever l’extrême diversité de votre œuvre, tous genres confondus : du théâtre, qui occupe une place toute particulière dans votre cœur, et qui met à l’honneur Molière, Beckett, Feydeau, Ionesco, Yasmina Reza, en passant par la prose, avec Le Clézio, Breton, Camus, Dumas, à la poésie avec René Char, Jean Genet, Lautréamont, Apollinaire, et bien d’autres encore ; tous ont trouvé leur voix slovène dans vos traductions. Vous n’avez pas hésité à vous confronter à la traduction de genres les plus divers : Astérix et le Petit Nicolas sont, grâce à vous, dans les bibliothèques des plus petits en Slovénie. D’ailleurs, votre goût prononcé pour les œuvres des grands Surréalistes français, pour le dadaïsme, mais aussi Alfred Jarry, Queneau et Prévert, témoigne de votre passion pour le langage et ses jeux tant en français qu’en slovène. Seuls Georges Perec et son œuvre inimitable « La disparition « vous auront posé quelques problèmes…

Ce soir, je voudrais aussi saluer en vous l’homme du livre et de l’édition. Vous, l’érudit, qui avez utilisé toute votre énergie et votre culture à servir la cause littéraire en générale, et le livre en particulier, vous avez très bien compris qu’il fallait être présent là où se décidait le sort de la littérature, je veux parler bien sûr du monde de l’édition. Les choix éditoriaux que vous avez effectués au cours de votre longue carrière au sein des éditions Mladinska knjiga le prouvent bien :

L’apport à la collection Kondor de 150 nouveaux titres slovènes et étrangers, la « résurrection » de la collection de poésie internationale Lirika forte de la traduction d’une centaine d’œuvres étrangères, la création de la collection bilingue Nova Lirika, au sein de laquelle 12 recueils de poésie contemporaine ont été publiés, la création de la collection Veliki večni roman - « Grand roman éternel » concentrée sur la réédition réactualisée de grands classiques de la littérature mondiale, la conduite de la collection Roman constituée essentiellement d’œuvres de la seconde moitié du 20ème siècle, c’est à vous qu’on les doit. Inutile d’insister, le prix slovène Schwentner qui vous a été remis en 2008, est suffisamment éloquent. Je tiens à préciser que les œuvres de langue française y occupent naturellement une place de choix.

Homme du livre, vous l’êtes également parce que votre préoccupation première est de suivre et d’accompagner la langue et la littérature slovènes. Vous avez longtemps été critique littéraire et de théâtre, essayiste ; vous avez là encore fait preuve d’exception en recevant en 1998 pour votre essai « Croquis et notes » le prix Rožanc, qui consacre le meilleur essai slovène de l’année. Aujourd’hui encore, la polémique ne vous fait pas peur et l’on sent votre présence bienveillante et vigilante veiller sur les lettres slovènes. Récemment encore, dans un article publié dans le bimensuel culturel Pogledi, vous n’hésitiez pas à prendre votre bâton de pèlerin pour inviter fermement à la réactualisation du dictionnaire de la langue slovène. C’est avec une pointe de fierté non dissimulée que je me permets d’ajouter que vous aviez rédigé l’article en question dans la bibliothèque du Centre de traduction d’Arles, que vous citiez par ailleurs en exemple de bonne pratique...

Enfin, cher Aleš Berger, vous êtes un homme du livre certes, un immense traducteur, un passeur de littératures et un remarquable directeur de collections, mais vous êtes avant tout, un homme généreux, soucieux de l’avenir. Les efforts que vous avez tout particulièrement déployés pour consolider la relève d’une génération d’excellents et jeunes traducteurs de littérature française, ont désormais porté leurs fruits. Vous avez en effet souvent été, pour les plus doués d’entre eux, un guide, voire un mentor, toujours prompt à partager vos expériences et à leur prodiguer vos conseils. C’est le talent allié à la générosité d’esprit que nous voulons célébrer en vous par cette distinction que je vais vous remettre maintenant.

Aleš Berger, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, je vous fais officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Dernière modification : 01/04/2014

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