M. Boris Pahor fait Commandeur des Arts et Lettres

Madame Nicole Michelangeli, Ambassadrice de France en Slovénie, a remis à la Résidence de France, le mardi 25 janvier 2011, les insignes de Commandeur des Arts et Lettres à M. Boris Pahor en présence de très nombreux proches et amis du célèbre écrivain ainsi que des media slovènes.

En lui décernant cette décoration, la France a souhaité saluer l’exceptionnel talent littéraire de M. Boris Pahor, dont l’œuvre est très présente dans le milieu intellectuel et littéraire en France. Cette œuvre riche retrace également une période douloureuse de sa vie, lors de sa déportation en France durant la Seconde guerre mondiale pendant laquelle il a parfait l’apprentissage de la langue française en se liant d’amitié avec un déporté français. C’est la connaissance de cette langue qui lui a sauvé la vie à maintes reprises, se plaît-il à répéter.

M. Pahor est l’écrivain slovène le plus traduit et publié en France. La relation de M. Boris Pahor avec la France et le français occupe une place privilégiée dans sa vie d’écrivain. Cette distinction est aussi un hommage rendu à une personnalité hors du commun, ami de la France avec laquelle il entretient toujours des relations étroites, et un ardent défenseur de la diversité linguistique et culturelle européenne.

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Monsieur Boris Pahor, Madame Nicole Michelangeli et Monsieur Evgen Bavčar

A l’occasion de cette cérémonie, l’Ambassadrice a prononcé l’allocution suivante :

Cher Monsieur Pahor, Cher Boris,
Mesdames, Messieurs,

Tout a été dit et écrit sur vous, cher Boris. J’ai donc pris le parti de faire une brève intervention qui vous dira mon admiration et, me permettez-moi d’ajouter, mon amitié, et qui vous dira aussi combien je suis heureuse de vous avoir ici à la Résidence de France avec quelques-unes des personnes que vous avez souhaité avoir à vos côtés pour cet événement.
Permettez-moi tout d’abord d’emprunter l’introduction de cette intervention à une femme, celle qui la première, en 1980, fut reçue à l’Académie française, Marguerite Yourcenar, et qui, dans son discours de réception avait dit, je la cite « qu’il n’est pas de plus grand plaisir que de faire l’éloge d’un grand esprit » Aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, cher Boris, c’est à moi qu’échoit ce grand plaisir et j’en mesure à la fois l’honneur et la solennité.
Sur vous, cher Boris, il m’est difficile de dire ce qu’on ne saurait déjà ici à Ljubljana, en Slovénie où vous êtes le plus célèbre et le plus célébré des écrivains. Homme de l’Année 2010 pour le quotidien Delo, vous incarnez par votre œuvre et par votre exemple, une conscience pour ce jeune pays qui fêtera cette année ses vingt ans d’Indépendance. Vous en êtes l’une des références majeures et vous en êtes l’image privilégiée à l’étranger où les traductions de vos œuvres se sont multipliées agrandissant ainsi le cercle de vos lecteurs et affermissant encore votre magistère.
Je ne vais pas ici à Ljubljana, évoquer une nouvelle fois votre si riche biographie ni égrener les titre de vos livres ou le nombre des prix, distinctions et décorations que vous avez reçus. Tout le monde sait cela. Qu’il me suffise de dire que votre vie est marquée par le courage et l’obstination, que votre pensée est celle d’un résistant à tous les totalitarismes et que votre philosophie se nomme humanisme. Je citerai enfin, dans votre œuvre, le livre majeur à mes yeux, « Pèlerin parmi les ombres », Necropolis, en slovène qui, à l’instar de « Si c’est un homme » de Primo Levi, restera comme le témoignage littéraire majeur sur la déportation et l’horreur nazie.
Mais à côté de l’écrivain si talentueux que vous êtes, cher Boris, il y a l’homme, il y a l’esprit toujours aux aguets, toujours prêt à débattre, attentif avec une acuité qui ne se dément pas à l’Histoire, mais aussi au présent et à l’avenir. Il y a en vous une vitalité, une énergie et une combativité qui jamais ne se relâchent ou ne faiblissent. Vous êtes de tous les combats pour la liberté et pour la dignité humaine. Je sais que vous connaissez Stéphane Hessel qui est diplomate, Ambassadeur de France, et qui est votre cadet de 4 ans… Il partage également avec vous l’expérience des camps de la mort puisqu’il fut interné à Buchenwald et a gardé comme vous sa capacité d’indignation.
On voit donc bien que nos aînés ont su garder intacte cette faculté d’indignation qui les fait rester si jeunes, sans doute parce que vous avez été confrontés à tant d’épreuves et de combats.. N’est-ce pas Gide qui écrivait « Quand je cesserai de m’indigner, cela sera le commencement de la vieillesse » ?
On voit bien que nos aînés ont su garder intact cette faculté d’d’indignation qui n’est donc pas l’apanage de la jeunesse, sans doute est-ce parce que vous avez été, Stéphane Hessel et vous, confrontés à tant d’épreuves et de combats que votre courage ne s’est jamais émoussé.
Et puis, comme le dit si bien l’un des intervenants de l’excellent film que Neva Zajc vient de tourner sur vous, et qui obtenu le prix Erasmus-Euromédia, ce qui est merveilleux avec vous, cher Boris, c’est qu’au delà du grand esprit et du grand écrivain que vous êtes, vous avez su rester un personnage extrêmement affable, bienveillant, et plein d’humour.
Enfin, si le Ministre français de la culture, M. Frédéric Mitterrand a décidé, sur ma proposition, de vous attribuer cette distinction, une des plus hautes qui soit dans mon pays, c’est bien sûr, cher M. Pahor, pour célébrer vos exceptionnels talents littéraires, mais c’est aussi pour vous remercier d’avoir toujours entretenu avec la France, sa langue et sa culture, cette complicité née dans les affres de la guerre et de l’internement, puis de la maladie et enfin de la guérison. Il suffit de regarder le film de Neva que je citais tout à l’heure, à Paris avec votre ami, le grand poète et photographe Evgen Bavčar, présent parmi nous et que je salue, qui a beaucoup fait pour favoriser vos traductions en français pour voir votre passion de Paris et votre plaisir à y flâner et à s’y trouver.
Vous aimez la France, cher Boris, et la France vous aime.
Aujourd’hui, Elle vous le dit par ma voix et par la distinction que je vais vous remettre maintenant.
Boris Pahor, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, je vous fais Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Dernière modification : 01/04/2014

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